Miyamoto Kano est née à Osaka, un 15 juin d’année inconnue. Après avoir fait quelques dôjinshi, elle débute professionnellement en 2002 avec le manga Are you enemy? chez Shinshokan. Très rapidement, elle parvient à conquérir le cœur de certains des plus grands éditeurs de boy’s love : Tokuma Shoten, Libre Shuppan, Take Shobô ou encore Gentosha. Même si elle n’est pas la mangaka du genre à vendre le plus, elle possède une très bonne aura auprès de ses lecteurs japonais. Pour le site ChilChil (communauté japonaise autour du boy’s love), ses pièces maîtresses sont le premier volume de Rules et Lovers and Souls.
Miyamoto Kano ne fait pas de séries à proprement parler mais nombre de ses mangas partagent le même univers : c’est le cas des Touch of et de ce que les fans appellent l’univers Hydra/Rules. Elle dessine aussi de nombreux dôjinshi pour compléter les intrigues de ses mangas pro.
Depuis quelques années, ses œuvres sont traduites dans plusieurs langues. Proche de ses fans japonais comme étrangers, elle a fait le déplacement en 2009 à la Yaoi-con de San Francisco. Elle est aujourd’hui sur Twitter et accepte les mails en anglais.
Miyamoto Kano est appréciée des lecteurs aimant les récits réalistes à la fois dramatiques, mais aussi remplis d’espoir.
Son dessin est très travaillé, y compris au niveau de la mise en scène.
Ses descriptions psychologiques sonnent toujours juste et elle traite les thèmes difficiles avec doigté.
Elle privilégie souvent une évolution douce des relations du couple et évite de tomber dans le fanservice.
Les fans français attendaient Miyamoto Kano depuis longtemps sur leurs étagères. Il faut dire que pour beaucoup d’entre eux, elle a rejoint le panthéon des mangakas boy’s love majeurs. Comment expliquer son incroyable succès ?
Un régal pour les yeux !
Pour le néophyte découvrant ses mangas par hasard dans une librairie, une première chose saute aux yeux : son style graphique soigné et unique.
Les couvertures de ses mangas possèdent des teintes douces flirtant parfois avec le pastel et représentent souvent des hommes aux traits doux, aux cheveux longs ou mi-longs et aux regards songeurs. Parfois, ses illustrations ont un rendu crayonné, proche du sketch. Cet aspect se retrouve aussi dans nombre de ses planches. Là où beaucoup de mangakas ont un dessin froid et lisse à cause du tout numérique, Miyamoto Kano a su préserver un style plus traditionnel.
Même si elle peut donner l’impression d’avoir un trait moins affirmé dans ses premiers mangas, ceux-ci possèdent déjà les qualités présentes dans ses travaux les plus récents. Dès Lovers and Souls (sorti en 2002 au Japon), elle dévoile une excellente capacité à mettre en scène son histoire et à gérer les ellipses narratives. Ses scènes d’amour ne sont jamais vulgaires, toujours pleines de sensualité et de tendresse. Sauf, bien entendu, lorsque les sentiments ne sont pas en jeu et que la violence est nécessaire (Touch of Pain) ! Elle accorde aussi un grand soin aux décors ainsi qu’aux menus détails qui font la différence.
L’art de conter
Le talent de Miyamoto Kano ne réside pas uniquement dans la plastique. Ses intrigues ne reposent jamais sur l’illogisme ou la facilité. Beaucoup de mangakas se précipitent pour offrir le plus de scènes fanservice possible dès le début afin d’appâter le lecteur. Miyamoto, elle, prend son temps pour installer son histoire et n’instaure pas toujours une atmosphère érotique dès les premières pages. Ici, vous ne verrez pas un vilain seme aux désirs incontrôlables kidnapper et tourmenter sexuellement un innocent uke pour le plaisir (sadique) du lecteur ! L’évolution des relations amoureuses de ses personnages passe avant tout.
Miyamoto marque aussi la différence avec d’autres mangaka car beaucoup de ses héros sont ouvertement gays ou bisexuels, à l’image de Tooru dans Lovers and Souls ou Haruya dans Touch of Charm. À l’exception de rares récits fantastiques (non publiés en France), ils évoluent aussi dans un monde proche du nôtre. Leurs problèmes font parfois échos à ceux des gays dans la vraie vie. Ce ne sont pas que des surhommes vivant dans le luxe. Ils n’ont pas non plus un destin exceptionnel les conduisant à affronter d’obscures pègres internationales ou des armées de démons. Leurs (mes)aventures sont ancrées dans un quotidien presque banal plutôt que dans un cadre idéalisé à la Harlequin, où le pauvre rencontre un prince charmant immensément riche et « l’épouse » ! Haruya de Touch of Charm a beau être écrivain, il n’a produit qu’un seul best-seller, a perdu l’inspiration depuis et vit des piges qu’il écrit dans un magazine. Même s’il voyage parfois à l’étranger pour son travail, Satoshi de Lovers and Souls ne roule pas sur l’or. Yagisawa de Touch of Pain est un simple employé de maison d’édition. Ses autres héros sont lycéens, prostitués ou encore modèles anonymes… Miyamoto ne cherche pas à étaler ses propres fantasmes ni à combler ceux des autres. Elle raconte des histoires, qui ne finissent pas toujours bien, et le lecteur peut aisément s’identifier aux héros.
Les drames du quotidien
Cette connivence avec les héros est aussi rendue possible grâce à la sensibilité de Miyamoto dans le traitement psychologique. Lorsqu’il s’agit de mettre en scène une situation difficile, Miyamoto ne commet jamais l’erreur de sombrer dans un pathétisme artificiel pour nous contraindre au larmoiement. Qu’il s’agisse de l’alcoolisme de la mère de Maki et le dégoût qu’a celui-ci pour son propre corps (Touch of Charm), de la violence conjugale (Touch of Pain) ou de la perte d’un être cher (Lovers and Souls), elle traite les drames avec justesse et pudeur tant dans le texte que dans la mise en scène. Elle s’inspire aussi des malheurs du quotidien plutôt que d’inventer des tragédies alambiquées et sans queue ni tête.
Ce n’est pas toujours facile à lire : ses propos touchent en plein cœur et peuvent remuer pour peu que l’on ait vécu une expérience semblable. Il n’y a que rarement une touche d’humour visant à dédramatiser la situation. Pourtant, même si ses histoires tournent souvent autour de sujets durs, elle évite autant que possible la tragédie et apporte une note d’espérance. Ce n’est pas parce qu’ils affrontent un drame que la vie de ses héros s’achève avec celui-ci. À la fin, la plupart d’entre eux finissent par trouver le bonheur. Et peut-être Miyamoto Kano espère-t-elle que ses lecteurs sauront eux aussi en faire de même.
Commentaires
Merci énormément pour ce dossier très intéréssant. Miyamoto Kano est ma mangaka yaoi préférée alors j'en suis ravie. Ça fait des semaines que je compte les jours avant la sortie de Tandem. Pour sortir autant de mangas d'elle mais aussi de tant de mangas et de mangakas différent, je vous porte vraiment dans mon coeur ^^
Mais si vous pouviez faire venir Miyamoto Kano à la prochaine Japan Expo, ce serait vraiment le plus beau des cadeaux! *.*





De Miyo, 25 Janvier 2012 à 21:48:49